La galère habituelle avec la résine : laver, sécher, nettoyer les gants
Si vous imprimez en résine, vous savez que l'impression ne représente que la moitié du travail. Vous terminez l'impression, vous soulevez un plateau dégoulinant de résine non polymérisée, vous le transférez vers la station de lavage, vous attendez, vous le séchez puis vous le passez sous UV. Chaque transfert est une nouvelle occasion de se retrouver avec de la résine sur les gants, sur les outils ou sur la table. C'est précisément ce flux de travail poisseux que l'UniFormation S10 veut éliminer, et c'est pour cela que ce lancement me semble l'un des plus intéressants de l'année en impression résine.
Précision d'emblée : nous n'avons pas eu cette machine à l'atelier. Ceci n'est pas un test, c'est une analyse des caractéristiques officielles et de ce qui a déjà été publié. La machine vient d'être annoncée, je vais donc donner mon avis sur le papier, sur ce qui me convainc dans l'annonce et sur ce qui me fait tiquer avant de sortir le portefeuille.
Qu'est-ce que l'UniFormation S10 et que promet-elle ?
L'UniFormation S10 est une imprimante résine 16K de bureau qui intègre l'impression, le lavage et le séchage dans un même châssis fermé. UniFormation la présente comme la première imprimante résine de bureau entièrement automatisée : vous lancez le fichier, elle imprime, lave et sèche sans que vous ayez à déplacer le plateau entre différents appareils.
UniFormation, fabricant basé à Shenzhen, décrit la S10 comme la première machine grand public qui gère l'impression, le lavage et le séchage au sein d'une seule unité fermée. La logique du flux est simple sur le papier : un fichier entre, la machine imprime, et le flux intégré lave et sèche le modèle, réduisant les manipulations manuelles entre ces étapes.
Le processus automatique est plutôt bien pensé. Dès la fin de l'impression, le plateau pivote et s'incline pour que l'excès de résine retourne dans le bac ; un couvercle mobile protège la cuve pendant que le plateau se déplace vers la zone de lavage, où les modèles subissent deux cycles de lavage avec des mouvements latéraux contrôlés, le liquide s'égoutte puis ils sont séchés à l'air chaud entre 35 et 45 °C.
Cela dit, mieux vaut ne pas avaler le « tout automatique » sans recul. La machine se charge d'imprimer, laver et sécher, mais le retrait des supports et la polymérisation finale restent des étapes manuelles ultérieures. Autrement dit, la polymérisation UV, c'est toujours vous qui la faites, sauf si vous achetez l'option : pour cette dernière étape, la société propose un module de polymérisation optionnel de type plug-and-play qui se fixe sur la S10 et se pilote depuis l'écran principal. Attention à ce « optionnel », car il gonfle le prix réel de la machine complète.
Les caractéristiques techniques qui comptent vraiment
La S10 embarque un LCD mono 16K de 10,1 pouces de 15 360 × 6 540 pixels, un volume d'impression de 223,03 × 125,9 × 200 mm, un axe Z sur vis à billes de classe C5 et un système de film à décollement assisté qui, selon le fabricant, réduit la force de décollement de plus de 30 %.
Reprenons point par point les données vérifiables :
- Écran : LCD monochrome 16K de 15 360 × 6 540 pixels avec une taille de pixel de 14,52 × 19,25 μm. Le « 16K » est une étiquette marketing, comme toujours, mais la taille de pixel sur l'axe court est correcte pour les figurines et les détails fins.
- Volume d'impression : 223,03 × 125,9 × 200 mm, pensé pour des lots de figurines, des statuettes et des prototypes d'ingénierie.
- Axe Z : vis à billes de classe C5 avec une répétabilité annoncée de ±0,005 mm. C'est l'un des meilleurs points de l'ensemble en matière de précision mécanique.
- Film de décollement : sous la cuve, un système de décollement assisté combine du NFEP avec un second film, et UniFormation affirme que l'ensemble réduit la force de décollement de plus de 30 %, diminuant la charge sur la couche fraîchement formée lors de la séparation.
- Détection d'objets : la détection de corps étrangers et le système de décollement assisté sont conçus pour réduire les échecs d'impression.
Cette combinaison d'une force de décollement réduite et de capteurs de pression est ce qui me convainc le plus dans l'annonce, davantage que le 16K mis en avant. Ce sont des fonctionnalités moins tape-à-l'œil que le 16K, mais elles comptent davantage si l'on attend de la S10 qu'elle fonctionne sans surveillance pendant le lavage et le séchage. Si la machine doit imprimer seule en pleine nuit puis enchaîner sur le lavage, ne pas voir l'impression s'arrêter à cause d'un morceau de résine polymérisée qui flotte, c'est exactement ce que vous voulez.
Le bac de lavage de l'intérieur et la consommation d'IPA
La S10 intègre un bac de lavage de 9 litres avec séchage à l'air chaud, et réutilise la même solution pour les deux cycles de lavage. UniFormation propose aussi une gestion optionnelle du solvant en réseau pour réduire la consommation d'isopropanol entre plusieurs imprimantes.
L'appareil intègre un LCD 16K de 10,1 pouces et un bac de lavage de 9 litres avec séchage chauffé dans un même châssis. La réutilisation de la solution me paraît judicieuse : les modèles entrent dans le bac de 9 litres, où les mouvements du plateau éliminent la résine résiduelle au cours de deux cycles de nettoyage utilisant la même solution.
Là où il faut rester sceptique, c'est sur le fameux « 99 % de contact en moins avec la résine » qu'UniFormation affiche en vitrine. La machine est conçue pour réduire significativement le contact direct avec la résine, un chiffre qu'UniFormation situe à 99 % de moins qu'un flux classique. Ce 99 % est un chiffre marketing bien rond : en pratique, vous toucherez toujours de la résine en remplissant, en nettoyant la cuve et surtout en retirant les supports de pièces pas encore polymérisées. Moins de contact, oui ; les 99 % exacts, à prendre avec des pincettes.
Une remarque honnête du fabricant lui-même que j'apprécie : les objets grands ou creux peuvent déplacer des quantités variables de liquide de lavage et les trous de drainage doivent laisser entrer et sortir le solvant, c'est pourquoi UniFormation affirme qu'elle continuera à optimiser les vitesses de déplacement et la sécurité du niveau de liquide pendant le bêta-test avant la production. En clair : le lavage automatique des grandes pièces creuses est justement là où ce type de système peut échouer, et même eux ne considèrent pas encore le sujet comme réglé.
Pour qui est-ce rentable, et pour qui non ?
La S10 intéresse ceux qui impriment de la résine en volume et détestent le post-traitement manuel : studios de figurines, modélisation dentaire et prototypage, où la régularité et la réduction des manipulations ont une valeur financière. Ce n'est pas le bon choix si vous cherchez le moins cher ou si vous imprimez ponctuellement, car vous payez un supplément important pour l'automatisation.
Le positionnement est clair au vu du prix de lancement. UniFormation lancera la S10 sur Kickstarter le 22 octobre 2026, avec des contributions à partir de 999 dollars. Pour ce prix, vous trouvez actuellement sur le marché des imprimantes résine 16K de marques comme Elegoo ou Anycubic qui impriment tout aussi finement, plus une station de lavage et une station de polymérisation séparées, et il vous resterait encore de l'argent. Ce que vous payez ici, ce n'est pas la résolution, c'est le fait que la machine fasse le sale boulot toute seule.
L'argument d'UniFormation sur l'encombrement n'est pas dénué de sens : l'entreprise estime qu'il faut la comparer à l'espace cumulé d'une imprimante, d'une station de lavage et d'une unité de séchage ou de polymérisation, puisque la S10 remplace les trois. L'appareil mesure 620 × 340 × 620 mm. C'est un gros engin, mais s'il libère vraiment votre table de trois appareils, le calcul change.
Côté logiciel, vous n'êtes pas enfermé non plus, ce qui est une bonne idée : UniFormation Studio est le slicer maison avec cinq profils de résine prêts à l'emploi (standard, type ABS, résistante à l'usure, ingénierie et détail de figurine), et la fiche technique mentionne aussi Chitubox et Lychee, vous n'êtes donc pas lié à un seul slicer.
Mon verdict sur l'annonce (et non un test)
Je le répète, nous ne l'avons pas essayée, il s'agit donc d'un avis sur les caractéristiques et l'annonce. L'idée me plaît vraiment : le post-traitement est le véritable goulot d'étranglement de la résine, pas la résolution, et s'y attaquer est plus audacieux que de sortir une énième machine avec un « K » plus gros sur la boîte. La vis à billes C5, le décollement assisté et les capteurs de pression sont des ingrédients d'imprimante sérieuse, pas de gadget.
Ce qui me fait tiquer est double. D'abord, ce qui est vraiment pénible — retirer les supports et polymériser — vous le faites toujours à la main, et la polymérisation est une option payante. Ensuite, la phase de lavage automatique des géométries complexes est justement ce que le fabricant admet encore peaufiner. Un lavage automatique qui n'atteint pas l'intérieur d'une pièce creuse vous laisse de la résine piégée, et ça, c'est un vrai problème.
Côté philosophie de marque, UniFormation a un historique correct : fondée en 2016, elle est spécialisée dans l'impression résine haute résolution et, sur la base de sa gamme GK, reste concentrée sur l'amélioration de l'accessibilité et du confort d'utilisation de la résine grâce au matériel et à l'automatisation. La S10 s'inscrit dans cette trajectoire, ce qui inspire une certaine confiance.
Mon avis conditionnel, en toute honnêteté : si le lavage automatique nettoie bien les pièces creuses et à supports denses sans laisser de résine piégée, et si les capteurs évitent vraiment les impressions ratées sans surveillance, UniFormation aura réussi à créer une nouvelle catégorie qui justifie les 999 dollars. S'il s'avère que le lavage n'est efficace qu'avec des pièces simples et que les « 99 % de contact en moins » se limitent à 60 % en réalité, ce sera une machine chère et encombrante qui fait la même chose que trois appareils bon marché, en prenant de la place.
Si vous imprimez en volume et que le temps de post-traitement vous coûte de l'argent, j'attendrais les premiers retours réels d'utilisateurs après le Kickstarter avant de cliquer sur « acheter ». Et en attendant, pour des pièces fonctionnelles qui supportent vraiment les manipulations, une résine résistante semi-flexible comme la résine Anycubic Tough 2.0 reste une valeur sûre pour les prototypes avec clips et les pièces articulées, quelle que soit la machine sur laquelle vous imprimez.
Questions fréquentes
L'UniFormation S10 polymérise-t-elle les pièces automatiquement ?
Non. La S10 automatise l'impression, le lavage et le séchage, mais la polymérisation UV finale est une étape manuelle. UniFormation propose un module de polymérisation optionnel de type plug-and-play qui se fixe sur la machine et se pilote depuis l'écran principal, mais il s'achète séparément. Vous devrez aussi retirer les supports vous-même.
Combien coûte la S10 et quand sort-elle ?
UniFormation lancera la S10 sur Kickstarter le 22 octobre 2026, avec des contributions à partir de 999 dollars. Comme pour tout lancement en financement participatif, mieux vaut considérer les dates d'expédition avec prudence : les délais Kickstarter glissent souvent par rapport aux annonces.
Quelles résines puis-je utiliser dans la S10 ?
Utilisez des résines standard 405 nm, le standard du marché. Elle emploie une source lumineuse de 405 nm. UniFormation Studio inclut cinq profils préconfigurés (standard, type ABS, résistante à l'usure, ingénierie et détail de figurine), mais comme elle prend en charge Chitubox et Lychee, vous pourrez ajuster les paramètres pour des résines d'autres marques.
Quelle taille de pièce entre dans la S10 ?
Le volume d'impression est de 223,03 × 125,9 × 200 mm et le bac de résine fait 1 litre. Cela permet plusieurs figurines par impression ou des prototypes de taille moyenne. Gardez à l'esprit que les grandes pièces creuses sont celles qui compliquent le plus le lavage automatique, selon le fabricant lui-même.
La S10 est-elle bruyante ?
Pour une machine qui lave et sèche en plus, le niveau annoncé reste contenu. Elle dispose d'un écran tactile de 5 pouces inclinable jusqu'à 60° et le bruit de fonctionnement est annoncé à 60 dB ou moins. Reste à voir si le séchage à l'air chaud maintient ce chiffre en pratique, car ce sont généralement les ventilateurs qui font le plus monter le volume.
Réduit-elle la consommation d'alcool isopropylique ?
C'est l'un de ses atouts. Elle réutilise la même solution pour les deux cycles de lavage, et cette réutilisation par étapes peut réduire la consommation d'isopropanol (IPA) et les coûts d'exploitation courants. UniFormation travaille aussi sur une gestion du solvant en réseau pour plusieurs imprimantes, mais il s'agit d'une fonctionnalité supplémentaire, pas indispensable.
Que la force soit avec vous à chaque impression ! 😎