Cette semaine, le secteur s'est scindé en deux : d'un côté, Bambu Lab fait face à une crise de réputation qui lui échappe complètement, avec Jeff Geerling, Gamers Nexus et Louis Rossmann en tête du boycott. De l'autre, la Californie adopte en commission une loi qui obligerait toutes les imprimantes 3D à embarquer un « censorware » anti-armes. Au programme également : Creality aux portes de la Bourse, Peopoly qui lâche un mastodonte grand format, et Fabbaloo qui déclare la guerre à la résine water-washable. C'est parti. 🔥
🔥 Destacado
💻 Bambu Lab en flammes : Geerling, Gamers Nexus et Rossmann mènent le boycott

La semaine dernière, nous vous racontions dans le Weekly #008 que Bambu Lab avait envoyé une mise en demeure (cease-and-desist) au développeur Paweł Jarczak pour avoir maintenu un fork d'OrcaSlicer se connectant directement aux imprimantes Bambu, sans passer par Bambu Connect. Ce qui ressemblait à une démarche juridique de routine s'est transformé en l'une des plus grandes crises de réputation qu'ait connues l'impression 3D grand public. L'effet Streisand dans toute sa splendeur : plus Bambu a tenté d'enterrer l'affaire, plus elle a pris de l'ampleur.
Le 12 mai, Jeff Geerling (1,07 million d'abonnés sur YouTube) a publié "Bambu Lab is abusing the open source social contract", une analyse cinglante sur la façon dont Bambu profite de l'écosystème open source — OrcaSlicer est un fork de Bambu Studio, lui-même fork de PrusaSlicer, lui-même fork de Slic3r, tous sous licence AGPL-3.0 — avant d'utiliser des menaces juridiques pour empêcher la communauté de maintenir l'interopérabilité. Gamers Nexus a réhébergé le fork avec l'accord de Jarczak, s'est engagé à verser 10 000 USD pour sa défense juridique en égalisant la mise de Rossmann, et a annoncé son passage à Prusa avec déjà 5 000 USD investis en matériel. Louis Rossmann a mis le code en ligne sur sa FULU Foundation le 14 mai, défiant publiquement Bambu de le poursuivre en justice.
Le geste le plus symbolique est venu d'un concurrent : Snapmaker a offert à Jarczak une U1 avec firmware Klipper open source pour qu'il puisse continuer à travailler sans dépendre de Bambu. Quand un fabricant rival vous envoie du matériel gratuitement pour vous aider à fuir le jardin fermé d'un autre constructeur, le message envoyé au marché est on ne peut plus clair. Pour nous, la question de fond reste la même que celle posée dans le #008 : à qui appartient vraiment votre imprimante quand vous l'allumez ? En 2026, cette question n'a plus rien de rhétorique.
Soyons honnêtes : l'affaire n'est pas allée devant les tribunaux. Tout se résume à des déclarations publiques, des actions de marché et des dons en matériel. Bambu soutient que la licence AGPL ne donne pas accès à son infrastructure cloud privée, régie par ses propres conditions d'utilisation. Jarczak répond que le plugin réseau est optionnel et que son fork utilise le code de Bambu Studio tel quel. L'histoire n'en est qu'à ses débuts. Lire la couverture complète sur Tom's Hardware →
⚖️ Regulación
⚖️ La Californie adopte l'AB2047 en commission des crédits : 11 voix contre 4
Le 14 mai, la commission des crédits de l'Assemblée californienne a adopté l'AB2047 (« California Firearm Printing Prevention Act ») par 11 voix pour et 4 contre. Portée par la députée Rebecca Bauer-Kahan, cette loi obligerait chaque imprimante 3D vendue en Californie à partir de mars 2029 à intégrer un algorithme de détection de plans d'armes certifié par le ministère de la Justice de l'État. Désactiver ce blocage deviendrait une infraction civile passible d'amendes pouvant atteindre 25 000 USD par violation.
Les lecteurs fidèles du Weekly ne sont pas surpris. Dans le #004, nous avions couvert la prise de position de l'Electronic Frontier Foundation contre exactement ce type de législation. En avril, l'EFF avait prévenu avec une formule qui résonne aujourd'hui plus fort que jamais : l'AB2047 n'imposerait pas seulement un « censorware » dans toutes les imprimantes 3D, il criminaliserait également l'utilisation d'alternatives open source. Ce que l'EFF redoutait en avril vient de franchir le cap du comité en mai.
Le problème technique saute aux yeux de quiconque a déjà touché une imprimante : un algorithme chargé d'analyser des fichiers et de décider ce qui peut être imprimé implique, par définition, une couche de contrôle sur le logiciel. Cela entre en collision directe avec Klipper, OrcaSlicer, Marlin et tout l'écosystème open source qu'utilisent quotidiennement des millions de makers — en France comme ailleurs. C'est la même tension entre « ouvert » et « fermé » que l'on retrouve dans l'affaire Bambu, mais cette fois imposée par la loi.
La France est-elle concernée ? Pas directement, mais la Californie trace des tendances réglementaires mondiales et l'UE observe la situation de près. Mieux vaut ne pas perdre ça de vue : aujourd'hui ce sont les armes, mais l'infrastructure de contrôle ainsi construite pourra servir à n'importe quelle fin demain. Le projet de loi reste en vie : la prochaine étape est le vote en séance plénière de l'Assemblée. Lire l'analyse de l'EFF →
💵 Industrie
💵 Creality aux portes de la Bourse : feu vert du HKEX

Le 11 mai, Creality a franchi l'étape de consultation du Hong Kong Exchange, dernier jalon avant son introduction en Bourse. Le prospectus dévoile des chiffres jusqu'alors confidentiels : un chiffre d'affaires 2024 de 2,288 milliards de RMB (environ 318 millions de dollars), avec une marge brute de 30,9 % mais une marge nette de seulement 3,9 %. Les quatre fondateurs détiennent encore 82 % du capital, et l'entreprise cumule plus de 900 brevets ainsi que 260 000 m² de surface industrielle.
C'est le chiffre de la marge nette qui raconte la vraie histoire : 3,9 %, c'est extrêmement serré. Creality vend énormément — les Ender, K1 et Kobra sont omniprésentes sur le marché — mais gagne peu par unité, sous la pression de la guerre des prix que lui livrent Bambu Lab et Anycubic. C'est l'autre face de la consolidation chinoise que nous suivons depuis le #007, quand Elegoo bouclait son tour de financement : le secteur se professionnalise financièrement, mais les marges sur le grand public restent sous pression intense.
Un détail qui fait écho à l'actualité principale : le prospectus de Creality déclare explicitement que « la quasi-totalité » de ses imprimantes utilisent un firmware open source modifiable. En pleine tourmente Bambu, ce clin d'œil n'est pas anodin — c'est un vrai choix de positionnement de marque. Lire l'analyse du prospectus sur Fabbaloo →
🔧 Hardware
🔧 Peopoly Giga 800 : grand format FGF à 15 000 USD avec Klipper
Peopoly, connue pour la Magneto X et la gamme Phenom, franchit le pas vers l'impression par granulés (FGF) avec la Giga 800 : volume de construction de 800×800×800 mm, extrudeur à pellets avec deux zones thermiques, jusqu'à 3 kg par heure et cinématique CoreXY avec servomoteurs en boucle fermée. Prix de lancement : 15 000 USD, contre les 50 000 à 300 000 USD habituels pour les machines FGF industrielles.
Ce qui est intéressant dans la logique de cette semaine : la Giga 800 tourne sur firmware Klipper open source et dispose d'un mode air-gap (isolée d'internet), pensé pour la défense, l'aérospatiale et les centres de R&D qui ne peuvent pas envoyer de données vers le cloud. Tandis que Bambu resserre son contrôle cloud, Peopoly joue exactement la carte inverse — écosystème ouvert, sans télémétrie — comme argument commercial. L'open source n'est plus l'option réservée aux bidouilleurs du dimanche ; c'est désormais une fonctionnalité vendue sur des machines à 15 000 dollars.
Pour l'atelier moyen, ce n'est pas un achat immédiat, mais c'est un signal clair sur la direction que prend le marché professionnel : des pellets à un dixième du coût du filament, et un firmware que vous maîtrisez entièrement. Voir les détails sur Fabbaloo →
🧪 Matériaux
🧪 Fabbaloo : la résine water-washable devrait disparaître

Kerry Stevenson (Fabbaloo) signe une tribune provocatrice qui mérite le débat : la résine water-washable relève selon lui du marketing trompeur. L'argument tient la route. La toxicité de la résine vient du photopolymère, pas du solvant utilisé pour le nettoyage. L'eau souillée par de la résine non polymérisée reste un déchet dangereux, s'évapore plus lentement que l'alcool isopropylique et — c'est le point le plus préoccupant — crée un faux sentiment de sécurité qui pousse les débutants à négliger les équipements de protection individuelle.
Pour les utilisateurs de Mr Resin, c'est un sujet qui compte vraiment. Beaucoup de personnes qui impriment des figurines utilisent la water-washable précisément parce qu'ils la croient « plus sûre » ou « plus propre ». La réalité : c'est toujours de la résine, toujours toxique à l'état non polymérisé, et l'eau contaminée versée dans les égouts risque d'être bien plus mal gérée qu'un flacon d'IPA correctement filtré et réutilisé. C'est dans la même veine que les guides de sécurité abordés dans le #001.
Il s'agit d'un point de vue éditorial, pas d'une étude scientifique — mais il est bien argumenté et mérite d'être gardé à l'esprit. Quelle que soit la résine que vous utilisez, les EPI (gants en nitrile, lunettes de protection, ventilation) et le traitement correct des déchets ne sont pas optionnels. Si vous avez besoin de renouveler vos consommables de post-traitement, retrouvez-les dans notre section alcool et post-traitement. Lire la tribune complète sur Fabbaloo →
💬 Notre analyse de la semaine
Trois tendances se croisent cette semaine avec une intensité inhabituelle. La première : le débat ouvert vs. fermé se polarise publiquement. Bambu perd des sympathies tandis que Snapmaker (qui offre une U1 Klipper à un développeur), Prusa (vers lequel Gamers Nexus est en train de migrer) et Peopoly (qui vend Klipper comme une fonctionnalité) gagnent du terrain. L'écosystème ouvert est devenu un argument de vente concret, et non plus une niche réservée aux passionnés du bricolage.
La deuxième : la régulation passe de menace à réalité législative avec l'AB2047. Et la troisième : le capital se repositionne — Creality vers la Bourse avec des marges très serrées —. Si le #008 a été le détonateur, le #009 est l'onde de choc. De notre côté, nous restons dans la tranchée : résine, outils gratuits et cette newsletter pour que vous n'ayez pas à lire huit blogs par semaine. 💪
❓ Questions fréquentes de la semaine
Que s'est-il passé exactement entre Bambu Lab et OrcaSlicer ?
Bambu Lab a envoyé une lettre de mise en demeure au développeur Paweł Jarczak concernant un fork d'OrcaSlicer qui permettait de connecter des imprimantes Bambu sans passer par Bambu Connect, la couche cloud obligatoire de la marque. Le développeur a fermé le projet, mais la communauté a réagi avec un boycott mené par Jeff Geerling, Gamers Nexus et Louis Rossmann.
Qu'est-ce que l'AB2047 de Californie et est-ce que cela me concerne en France ?
Il s'agit d'un projet de loi qui obligerait toutes les imprimantes 3D vendues en Californie à intégrer un algorithme certifié bloquant l'impression d'armes. Cela ne concerne pas directement la France, mais la Californie fait figure de précédent réglementaire mondial et l'UE observe de près ces initiatives. Ce n'est pas encore une loi : elle doit encore être adoptée en séance plénière de l'Assemblée.
La résine water-washable est-elle plus sûre que la résine classique ?
Pas nécessairement. Selon l'analyse de Fabbaloo, la toxicité est causée par le photopolymère, et non par le solvant de nettoyage. La résine water-washable reste toxique non curée, et l'eau contaminée constitue un déchet dangereux. Les équipements de protection (gants en nitrile, lunettes, ventilation) sont indispensables avec tout type de résine.
Que signifie « firmware open source » sur une imprimante 3D ?
Cela signifie que le logiciel qui contrôle l'imprimante (comme Klipper ou Marlin) est en open source : n'importe qui peut le consulter, le modifier et l'adapter. L'avantage est un contrôle total sans dépendre du cloud d'un fabricant ; l'inconvénient est que cela demande davantage de connaissances techniques. C'est au cœur du débat « ouvert vs. fermé » de cette semaine.